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- le vernissage comme apprentissage social

- à quoi servent les cadres?

- comment suspendre un tableau

- 55 (bien bonnes) raison

  pour ne pas acheter un tableau

toute ressemblance avec le site d'art, des galeries existantes ou  et notamment les deux galeries éditrices de ces articles ne serait être que la coïncidence de causes fortuites, conséquence hasardeuse de contingences aléatoires.

le vernissage comme apprentissage social

par norbert de pastelin, conseiller en relation publique

comment se comporter lors d’un vernissage?

quelle attitude adopter?  qui saluer et comment? que dire et surtout que ne point déclarer?
autant de question qui traquassent légitimement le quidam ayant un jour à s’engouffrer pour une inauguration, dans le monde si particulier d’art.

tout d’abord renseigner-vous sur la tenue vestimentaire qui est de mise.
est-on robe du soir et smoking? négligé chic? négligé choc? excentrique? ou bien hyper banal, et donc pas si ordinaire….

en pénètrent dans ces chapelles des arts ne vous exclamez pas à la cantonade : «salut la compagnie!», mais préférerez des formules du genre «cher ami, vous z-ici!» ou «quel plaisir de vous retrouver, je vous croyais souffrant…»

repérer le buffet. mais ne vous y précipitez pas, cela fait trop cheap. on y est moins exposé et on peut, parfois, y déguster des amuse-gueules pas trop tristes. à ce propos, un choix s’impose. on ne peut être, en même temps, nourriture et boisson. on ne saurait déambuler avec chaque main prise par un petit four et par un verre. il faut garder impérativement libre la droite pour en serrer d’autres ou pour procéder, le cas échéant, à une baise main furtif. étrange que les couturiers n’aient point poche, genre revolver, pour nicher le verre des vernissages.

veillez à identifier rapidement l’artiste. attention : il n’est plus forcement barbu avec lavallière. en effet vous mettriez les pieds dans le plats en vous exclament justement devant celui-ci : «on a déjà vu ca mille fois!» ou «mon dieu qu’ c’est moche…»
si l’artiste est une femme, ne chercher pas à parler de peintresse et soyez circonspect quant à l’emploie de sculptrice, à la limite ne parlez que de plasticienne. surtout si le physique de la dame l’est (non pas laid mais beau !!!)

au cas où l’exposition ne vous convaincrait pas parlez de technique, des matières employées, des formats, des supports ou sortez résolument du cadre en évoquent l’encadrement, et critiquer les critiques. c’est bien perçu.

pour qualifier les œuvres présentées, ne dites
pas: «c’est jolie»       mais: «c’est singulier»
pas: «charment»       mais: «puissant»
pas: «chouette»        mais: «original»
pas: «sympathique»  mais: «audacieux»

s’il s’agit de paysages, ne dites pas:
«ça y ressemble comme deux gouttes d’eau!»,
mais louez le sens d’observation synthétique et la perspective.

s’il s’agit de portraits, ne dites pas:
«c’est lui tout craché!», mais louangez la véracité de l’expression.

s’il s’agit de bouquets de fleurs, ne dites pas:
«c’est plein de taches», mais souligniez la structuration de la composition ou alors la force de déstructuration du sujet.

s’il s’agit d’art minimal, ne le soyez surtout pas.

s’il s’agit d’art géométrique, ne dites pas:
«que c’est bien tracé!», mais évoquez l’harmonie spirituelle que l’ensemble parvient à dégager

s’il s’agit d’art vidéo, ne dites pas:
«c’est tout flou!» ou «y se passe rien…», mais insistez sur la portée du message implicite et sur l’interactivité potentiel du vecteur.

s’il s’agit d’art conceptuel, ne dites pas:
«j’ai pas de licence en historique d’art contemporain», résultat: j’y pige que dalle, mais veillez à souligner la rupture de sens, dialectiquement enchâssée à la problématique sémiologique de la démarche.

et si vous venez accompagnez d’enfants, évitez de confier aux bambins quelques-unes de ces petites pastilles autocollantes rouges à placer sur le coté des œuvres, car ceci est vraiment encore un bien autre jeu…

                                                  extrait de la filambulletin & gazette humus n°50 / 1996

 à quoi servent les cadres?

une question flotte dans l'air du temps  et nous allons essayer de l'attraper pour la déposer, délicatement, bien à plat afin d'y apporter une réponse.

la question est: peut-on vraiment se passer des cadres?
la réponse est : non, trois fois non ! ! !

car, outre leur rôle de protection des talents et leur fonction de mise en valeur, les cadres font preuve de précision, tout en sachant garder le sens de la mesure.

guidés par la droiture, les cadres ne sont ni obtus, ni aigus, et souvent ils savent arrondir les angles, tout en maintenant un précieux équilibre.

dans une maison d'une certaine importance, on peut dire que les cadres font partie du décor.

certes, tous les cadres ne sont pas identiques et tous ne sont identiques et toutes ne sont pas passe-partout. il y a le cadre de base pour des sujets assez ordinaires, on trouve le cadre moyen qui se charge de thèmes intermédiaires, on croise le cadre dynamique au profil acéré, on rencontre même parfois le cadre nonchalant, qui a tendance à sortir du cadre.

quand on regarde plus haut, on découvre le cadre supérieur, doré sur tranches et bardé de diplômes, et, tout au sommet, on parviendra peut-être à apercevoir le cadre suprême, en forme de triangle (et doté d'une grande barbe)...

pour réussir et rester bien en vue, il est clair que les cadres doivent s'accrocher.

tous les cadres, sans exception, doivent répondre à trois règles générales:
- avoir de la rigueur
- faire corps avec ses sujets
- être prêts, en tout temps, à être suspendus.

car la vie de cadre n'est pas toujours statique. combien de cadres n'ont-ils pas été brisés par des manipulations indélicates, tandis que d'autres ont perdu leur lustre et se sont retrouvés au placard ...

mais constatons heureusement que dans l'ensemble le tableau n'est pas si sombre, même si certains critiques ne peuvent pas les encadrer.

redorons donc les cadres et recadrons leur mission, en long et en large.

                                                 extrait de la filambulletin & gazette humus n°86 / 2007

comment suspendre un tableau

comme on reconnaît le maçon au pied du mur, on juge le collectionneur à son sens de l'accrochage. peindre un tableau, la belle affaire, mais savoir l'accrocher, là commence l'art. 

voici la marche à suivre. En premier lieu : prendre le tableau à quatre mains, le présenter dans toutes les pièces de la maison, sauf éventuellement la cave, le grenier et les sanitaires. Si la peinture est abstraite ou géométrique, refaire alors le tour de la maison en essayant diverses positions et si l'œuvre est conceptuelle, essayez-la, à tout hasard, face au mur. Si le tableau est du genre figuratif, avec scène de mer, veillez à ne pas le mettre trop proche de votre aquarium afin de ne pas troubler les poissons. 

on considère que c'est une faute de goût de suspendre une nature morte à proximité d'un frigo. de même, il est inélégant de placer des portraits de très jolis visages, frais, et joyeux, à côté des miroirs. il est aussi déconseillé, dans un registre classique, de mettre côte à côte une scène de corrida espagnole et une scène d'amphithéâtre romain où des lions dévorent de bons-chrétiens.

après avoir résolu le problème des télescopages malheureux, penchons-nous sur la question de l'harmonie des couleurs. la nature nous impose des dizaines de milliers de tons différents, nous sommes contraints d'en tenir compte... alors, il est exclu de faire, cohabiter votre canapé rose avec ce paysage ocre que vous venez de dénicher. il est également hors de question d'accrocher sur le papier peint â grosses fleurs oranges cette petite huile délicate de coquelicots à la monet.

la moquette est aussi à redouter, surtout celles si épaisses et profondes qui feraient perdre tout équilibre à la vision, de danseuses en tutu, à la degas, hissées sur les pointes ...

abordons maintenant la question, oh combien délicate, de l'accrochage lui-même. déjà que les tableaux n'ont souvent aucun système de suspension à leur dos et que votre gérance â bien insisté pour qu'aucun clou ne soit planté. nonobstant ces contingences, observez attentivement votre mur. le bougre est-il granuleux, bétonneux, pierreux, lisseux ? Et quelle est son épaisseur? est-il traversé de fils électriques, de conduites d'eau ou de tuyaux de gaz

à priori, le clou est le meilleur moyen pour fixer votre tableau. mais, il existe de multiples sortes de clous et il ne s'agira pas da confondre le clou de tapissier du clou à bois, la semence du u, la pointe acier de la pointe tête d'homme, et si votre mur refuse, n'hésitez pas à user de la perceuse-frappeuse avec cheville renforcée (il n'est bas indispensable de choisir la couleur de la cheville en fonction de la couleur du tableau)

évoquons encore brièvement les tracas que sont la droiture du tableau, son éclairage et ses inévitables reflets, la difficile cohabitation avec vos autres ouvres d'art, la proche. présence d'un radiateur, votre chat mirsou et ses griffes, conchita, qui nettoie tout avec son incomparable maladresse et votre petit neveu, qui adore tout gribouiller...

quand on vous disait qu'il ne valait mieux pas acheter de tableau!

alors si vous n'arrivez pas â vous en passer, mettez plutôt le tableau dans un coffre d’une banque et glissez une petite reproduction photographique dans votre portefeuille, que vous pourrez emmener partout avec vous et montrer à vos chers amis collectionneurs!

                                                 extrait de la filambulletin & gazette humus n°62 / 1999

55 (bien bonnes) raison

pour ne pas acheter un tableau

en pénètrent dans une galerie d'art, vous voila soumis à la tentation, afin de vous aider à résister, voici cinquante-cinq raison pour dire non à l'achat d'une peinture ou gravure, sculpture, tapisserie, photographie, dessin...

  1 ça prend la poussière

  2 on ne pourra jamais l'accrocher, la gérance interdit de faire des trous
     dans les murs

  3 les couleurs ne vont pas s'harmoniser avec les fleurs du canapé

  4 la femme de ménage, à coup sur, va la faire tomber

  5 le chat y fera ses griffes

  6 c'est jeter l'argent par la fenêtres

  7 c'est un truc pour des snob

  8 on risque de la suspendre à l'envers

  9 ça fait mal au yeux

10 ma belle-mère (respectivement mon beau-père) a horreur de ce genre
     d'art et il viennent chaque dimanche

11 les musées n'ont qu'à s'en occuper

12 je déteste les croûtes, j'aime que les pâtes molles

13 le peintre n'est pas connu... / le peintre est trop connu... / le peintre est
     un m'as-tu-vu

14 les couleurs ne vont pas avec ceux des rideaux et des coussins du
     canapé

15 j'ai déjà un tableau au salon

16 je veux pas enrichir les galeries qui s'engraissent su le dos des artistes

17 la critique a été trop mauvaise / la critique a été trop bonne

18 dommage qu'il y a déjà un point rouge.... c'est juste celui que j'aurais
     voulu

19 désolé madame préfère partir aux baléares

20 y a les impôts à payer

21 l'histoire de l'art, c'est rien que de l'histoire

22 c'est sûrement un faux / c'est une pâle copie

23 je n'ai pas eu de bonus cette année

24 c'est trop clinquant

25 la peinture est trop grande / la peinture est trop petit

26 ça ne plaira pas à madame

27 les murs sont déjà remplis

28 on arrivera jamais à la transporter

29 on ne peut pas la déduire au impôts

30 j'ai déjà trop de frais généraux

31 ça va mal vieillir

32 c'est immature

33 c'est pas ressemblant / c'est trop ressemblant

34 quel horreur, on voit un sexe / des nichons

35 le sujet est morbide

36 certes, c'est drôle, mais on ne rit la première fois et ensuite on finit par
     trouver ça sinistre

37 j'ai déjà tellement d'œuvres de ce créateur

38 je ne vais pas commencer maintenant à collectionner en plus d'autres
     artistes

39 qu'est-ce que le cadre est moche! / qu'est-ce que le socle est moche!

40 et, en plus, on devait acheter un cadre...

41 au vernissage. la peinture n'étais même pas sèche

42 ça me rappelle trop mon mari / ça me rappellera trop mon ex

43 je n'ai pas l'argent pour acheter à madame en contrepartie un bijoux ou
     une fourrure en plus

44 c'est même pas signé

45 la signature est beaucoup trop présente

46 l'odeur de la peinture me fait mal à la tête

47 on ne parviendra jamais à l'éclairer aussi bien qu'à la galerie

48 la peinture, c'est ringard, maintenant seule la vidéo est moderne

49 dans  dix ans, ça vaudra plus rien

50 ça va attirer les cambrioleurs

51 ça doit être tellement cher que je n'ose même pas regarder le prix

52 les enfants ne nous le pardonneront jamais, on leur a promis
     disneyland

53 vue ses dimension, impossible de la mettre dans le safe de ma banque

54 gilou, notre adorable décorateur, nous ferait une affreuse crise de
      jalousie

55 c'est bien trop beau pour nous: on devrais refaire tout l'appartement
     pour essayer d'être en phase avec cette peinture

                                                   extrait de la filambulletin & gazette humus n°60 / 1998
                                                                  texte rehaussé par nufnuf-art


dernière modification: 01 janvier 2012 webmaster@nufnuf-art.ch copyright © 2002-2012 art www.nufnuf-art.ch